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Inna Modja - Rashtag

Interview Inna Modja « Pour cet album, j’avais besoin de me dévoiler »


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Bonjour Inna, merci de répondre aux questions de Rashtag. On va parler dans un instant de ton album « Motel Bamako ». Avant cela, ton titre « French Cancan » a été un énorme tube en 2011. Peut-on te demander des nouvelles de Monsieur Sainte-Nitouche ?

Ah ah ! Excellente question (Rires.) Je pense qu’il va bien, en fait il faudrait demander à toutes les femmes qui en ont un chez elles car chaque femme a son Monsieur Sainte-Nitouche. Souvent, je rencontre des femmes qui me disent « ah mon mari, c’est Monsieur Sainte-Nitouche » ou des hommes qui me disent « je suis Monsieur Sainte-Nitouche » : les gens se sont appropriés la chanson je crois.

 

Est-ce que tu t’attendais à ce succès et à toucher autant le public avec cette chanson ?

Pas du tout, je ne m’attendais pas à ce succès incroyable. Quand je suis en enregistrement, j’essaie vraiment de me concentrer sur le plaisir de créer et de faire de la musique, pas sur le reste. D’ailleurs, quand « French Cancan » est sorti, j’étais encore en studio. Et l’été, je suis partie en vacances pendant 1 mois et demi. À mon retour, j’ai remarqué qu’il y avait quelque chose de bizarre, un peu différent, mais j’étais encore en studio, et après en tournée… Ce n’est que du bonheur d’avoir autant d’amour, de gens qui sont positifs et qui aiment cette chanson. Il ne faut pas oublier que ça m’a permis de faire l’album d’après.

 

« Cet album est un mix entre musique malienne, electro et hip-hop »

Aujourd’hui, tu es de retour avec ton 3e album « Motel Bamako ». On a l’impression que c’est un véritable retour aux sources pour toi, d’ailleurs la première chanson de ton premier album s’intitulait « Let’s go to Bamako »… On revient aux origines ?

Complètement, c’est bien vu ! Tu sais, sur mon premier disque, le livret de l’album s’ouvrait avec mon père et ma mère autour de moi dans le studio de Malick Sidibé et, dans celui-ci, à la fin, ils sont toujours présents et se tiennent la main devant leur maison. Tout est lié tu as raison, ce sont plusieurs facettes de ma culture et de ma personnalité.

 

Musicalement, l’album réussit à mixer avec beaucoup d’harmonie de nombreuses sonorités musicales : la soul, le blues, l’electro, la pop, le hip-hop tout cela avec une place importante accordée aux mélodies africaines. C’est quoi le secret pour réussir à mélanger tous ces ingrédients ?

« Motel Bamako » repose surtout sur de la musique malienne, électronique et hip-hop : ce sont les trois grandes influences qu’on y retrouve. Ce disque est riche de rencontres de ces trois différents genres, qui sont eux-mêmes inspirés de styles différents : quand on écoute de l’electro, il y a un parallèle avec la musique africaine qui est évident entre le côté percussions, le côté « boucle »… C’était assez amusant… enfin, pas toujours (Rires) : je me suis un peu arraché les cheveux à savoir comment faire fonctionner la musique malienne avec la musique occidentale. J’ai passé plus d’un an à essayer de trouver la bonne recette pour que ça se marie sans que ce soit juste deux genres dans une même chanson qui cohabitent ensemble. Tout ce temps a porté ses fruits et j’en suis très heureuse.

 

Pour ce projet ambitieux, tu t’es entourée d’Oxmo Puccino, Stephen Budd, Oumou Sangaré,… On a l’impression que, plus que d’habitude, tu as choisi de travailler dans le partage. C’est le cas ?

Complètement, parce que pour les deux albums précédents, j’ai toujours travaillé avec une seule personne : on était deux en studio, on était dans une bulle. Et dans celui-ci, c’était la première fois que je me dévoilais et que je parlais de moi à la première personne, que je ne racontais pas les histoires des proches… Et surtout, ce sont des sujets qui me tiennent tellement à cœur qu’après avoir compris où je voulais aller et comment y aller, j’ai invité beaucoup d’amis artistes pour qu’ils soient présents au niveau de la musique ou au niveau vocal… Je les ai invités à entrer dans cet univers et sur des sujets qui nous touchaient tous, à les partager avec moi parce que, pour moi, être engagée, c’est quelque chose qu’on fait ensemble, avec beaucoup de gens. Et les questions que je me suis posées, je voulais les partager avec eux, ils avaient toujours un avis intéressant. Alors c’était vraiment chouette de partager. Et pour la première fois, j’ai coréalisé l’album : c’était un beau moyen d’inviter des gens à le partager.

 

« L’Afrique est remplie de belles choses aussi »

Sur cet opus, tu attaques les sujets de fond. Tu évoques la guerre, l’immigration, la violence, les discriminations à l’égard des femmes, mais tout cela avec beaucoup de chaleur et d’authenticité. Comment on fait pour parler de thèmes comme cela mais sans agressivité ?

En étant le plus près de qui on est, en étant le plus sincère. L’idée, ce n’était pas de faire un album moralisateur. C’était un album de mon point de vue en tant qu’artiste africaine, je vis dans ça, j’ai grandi en Afrique anglophone et francophone, entre Bamako et Accra, au Ghana : c’est ma vie dont je parle, c’est de mon expérience. Donc, forcément, il y a des moments où je suis plus cash. Mais l’idée, ce n’est pas d’être agressive, l’idée c’est d’interroger, de partager ma culture, de montrer du doigt aussi ce qui ne va pas. Je tenais à utiliser dans tout le projet, que ce soit au niveau de la musique ou du visuel, tous les codes de la culture et de l’art africains. Il y a tellement de choses, que ce soit la photographie à travers le travail de Malick Sidibé, ou d’autres vidéos qu’on a faites où on s’inspire vraiment de l’art de la récup’, l’art de détourner des objets, l’art de créer quelque chose à partir d’autre chose. L’Afrique, ce n’est pas juste comme le pensent beaucoup le continent le plus pauvre du monde, où il y a des guerres, des maladies… Le continent africain est remplie de belles choses à exposer et dont il faut aussi parler !

 

Pour le titre « Tombouctou », on te découvre en rappeuse, c’est d’ailleurs très efficace. Le hip-hop, c’est ce qui se prêtait le plus pour parler de la situation de cette ville aujourd’hui ?

Je fais du hip-hop en bambara depuis que j’ai 15 ans. Au Mali, c’est d’ailleurs le genre le plus populaire après la musique traditionnelle. Du coup, on le ramène dans notre langue parce que le hip-hop a été créé aussi à partir d’inégalités sociales, avec des choses à dénoncer alors forcément, en Afrique, les gens s’approprient ce genre-là… Avec mes copains, on écoutait Tupac, on écoutait Biggie, des choses comme ça. C’était un challenge de l’adapter, de trouver une diction, un flow, quelque chose qui collait avec ce qu’on avait à dire. Et naturellement, l’album est à 80 % hip-hop, je n’ai pas appris à rapper en trois mois, c’est quelque chose que j’avais déjà en moi.

 

« Pour certains, j’étais la fille de French Cancan »

Il y a le titre « Forgive yourself », qui est l’un de nos coups de cœur. Tu peux nous raconter l’histoire de ce morceau ? 

J’avais besoin pour cet album de me dévoiler parce que, finalement, les gens ne me connaissaient pas vraiment : pour certains j’étais « la fille de French Cancan », pour d’autres « la fille de Mister H ». En fait, c’est comme si tu découvrais un livre par un ou deux chapitres. Et j’avais envie de montrer un peu plus de moi, chose que je n’avais pas envie de faire avant puisque je me cachais un peu. « Forgive yourself » était la meilleure façon pour commencer ce travail. Je me suis dit « voilà, le truc que tu caches le plus par pudeur, tu vas le partager, et ça va te donner du courage pour parler plus de toi ». Et je suis allée « au bout du bout », j’avais envie que ce soit simple et naturel, que ce soit une instrumentation très simple qui laissait la place à ce que j’avais envie de raconter, aux émotions. Pour la vidéo, j’avais envie qu’il n’y ait rien d’autre : on l’a faite en une seule prise, du début à la fin, et ça te met complètement à nu, et soit les émotions passent, soit elles ne passent pas. Le résultat correspondait exactement à ce que l’on voulait.

 

Dans l’album, tu chantes en anglais mais également en bambara, ta langue maternelle. On sait que ta famille est très importante pour toi, tu en parles souvent : ils devaient être touchés ?

Oui, complètement. Il y a aussi quelque chose de symbolique : c’est que je suis peule, donc je parle aussi peul, qui est la langue d’une ethnie, mais le bambara est la langue qui réunit toutes les ethnies du Mali, on communique tous ensemble en bambara. C’était un important de l’utiliser pour parler à tous les Maliens, alors qu’on a beaucoup d’ethnies différentes qui ont chacune leur langue. Le bambara, c’est LA langue : c’était symboliquement important.

 

Tu étais en concert il y a quelques jours à la Cigale pour présenter cet album. Il devait y avoir beaucoup d’émotion pour toi pour un événement aussi important ?

C’était un gros challenge parce qu’on présentait ce soir-là un concert avec 90 % de chansons que les gens n’avaient jamais entendues : on pouvait complètement se planter, avoir des gens étonnés voire déçus parce que c’est quand même différent de ce que j’ai fait avant. Et en fait c’était super parce que les gens ont très bien réagi, il y a même eu pour une fois moins de réactions sur « French Cancan » que sur le reste des titres. C’était complètement fou ! Il s’est passé quelque chose de très fort. L’idée, c’était que les gens aient un bout de Bamako à la Cigale, et je pense qu’on a réussi à communiquer ça.

 

On continuera à suivre tes aventures pour ce très bel album qui s’appelle « Motel Bamako ». Avant de terminer, une petite tradition : c’est l’Interview Hashtag.

 

Inna Modja Profil - Rashtag

L’Interview Hashtag d’Inna Modja

R# « Homeland », le dernier album de Hindi Zahra : tu likes ?

IM#  J’adore, j’adore Hindi Zahra, j’overlike ! Elle est extraordinaire, sa musique me fait voyager et me touche beaucoup.

 

R# Entre Otis Redding et Ray Charles, quel artiste mets-tu en favori ?

IM# J’aime énormément les deux mais je mettrais en favori Ray Charles, il a un truc en plus je trouve.

 

R# Lady Gaga élue femme de l’année selon Billboard : quel commentaire cela t’inspire ?

IM# Super. Si elle est mise à l’honneur, c’est qu’elle a dû faire quelque chose pour le mériter donc je like.

 

R# « Popshow », la nouvelle émission musicale de Nagui sur France 2 : envie de suivre ou non ?

IM# Grave ! J’ai fait plusieurs fois « Taratata ». Nagui, c’est un amoureux de la musique qui donne une plateforme magnifique aux artistes pour s’exprimer en live et qui m’a toujours accueillie les bras ouverts pour tous mes albums.

 

R# Entre Amadou et Mariam et Salif Keïta : de qui es-tu le plus fan ?

IM# C’est ma famille des deux côtés : je les aime tous. Ce sont des gens qui me soutiennent et qui me prennent pour leur petite sœur ou leur fille, et ça c’est génial.

 

R# La chanson de ton album que tu aurais envie de retweeter ?

IM# « Sambe », parce que c’est une chanson qui parle pour la jeunesse au Mali, en Afrique ou en France. Les jeunes ont besoin de plus d’opportunités, ils ont besoin qu’on croie en eux parce que c’est l’avenir.

 

R# L’animatrice Hapsatou Sy qui est sur D8, l’ajouterais-tu en amie ?

IM# Figures-toi que je suis déjà amie avec elle, Hapsatou est brillante et représente tout ce que j’aime chez les femmes ! Avec sa double culture franco-africaine, elle est tout un symbole pour les jeunes femmes qui sont nées et qui ont grandi ici, peu importent leurs origines.

 

R# Le hashtag de fin ?

IM# Je choisirais #motelbamako et je te remercie pour ton soutien.

 

R# Merci beaucoup, Inna. C’était un vrai bonheur. 

IM# Merci, Rachid. A bientôt.

 

MOTEL BAMAKO COVER

« Motel Bamako », le nouvel album d’Inna Modja est sorti le 2 octobre, son dernier clip « Tombouctou » est disponible sur sa chaîne Youtube. Elle sera en concert le 15/10/15 au MaMA Festival à Pigalle-Montmarte (75), le 31/10/15 au Bacardi (22), le 16/12/15 au Club Transbordeur (69) et en tournée dans toute la France.  Pour suivre son actualité, rendez-vous sur les réseaux sociaux :

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Inna Modja & Rachid Jelti

 

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