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Abd Al Malik - Rashtag

Interview Abd Al Malik « Parler d’amour, aujourd’hui c’est vital »


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Bonjour Abd Al Malik, ton nouvel album « Scarifications » est sorti le 6 novembre dernier. On te retrouve à travers un duo surprenant avec Laurent Garnier. De quel autre duo te sens-tu le plus proche : Astérix et Obélix, Starsky et Hutch, Deleuze et Guattari ? 

J’hésite parce que trop sérieux n’est pas très sérieux… Même si je pourrais, pour le clin d’œil, opter pour Astérix et Obélix, je vais choisir Deleuze et Guattari. Il y a chez eux cette idée de faire avancer les choses ensemble, d’être dans l’ordre de la réflexion : comment parler d’émotion, de partage et de connexion entre les êtres en utilisant notre outil. Notre outil à nous, c’est la musique. En ce qui concerne Deleuze et Guattari, c’est la philosophie et l’intellect, à ce titre, je me sens solidaire de ces personnes.

 

Laurent Garnier, c’est 25 ans de carrière et un grand nom dans le monde entier, qu’est-ce que ça t’évoquait avant de le connaître ?

Quand on était gamin dans le quartier du Neuhof à Strasbourg où j’ai grandi, on allait dans des boites de nuit en Allemagne à la fin des années 80, on y écoutait autant du hip hop que de la house ou de la techno. Très vite, on a écouté sa musique. Quinze ou vingt ans plus tard, après un concert que je donnais, on est venu me voir en me disant que Laurent Garnier voulait me voir pour me témoigner de son amour pour notre travail. J’étais très ému parce qu’il est venu deux soirs de suite, c’était à Paris, je me souviens bien et il disait être fan. C’est ce qui est beau dans la musique, c’est cette capacité à rencontrer ces héros qui nous ont touchés artistiquement. Avec Bilal, on se disait que quand on réussirait, on ne travaillerait qu’avec des gens que l’on aime : il en fait partie.

 

« Laurent m’a donné envie de faire cet album »

Il a dit oui tout de suite ?

A l’époque du film « Qu’Allah bénisse la France » qui retrace une partie de mon histoire et de celle de mes proches dans ce quartier du Neuhof, on a eu très envie d’illustrer les images avec des sons de notre jeunesse. On a proposé à Laurent de réaliser la musique avec nous et il a dit oui tout de suite. Seulement, ça ne s’est pas arrêté là, il trouvait que l’on avait assez de matière pour faire la musique du film mais aussi pour créer un album. Moi, ça faisait cinq ans que je n’avais pas fait de disque et je n’étais pas forcément dans l’optique d’en sortir un nouveau. Je peux aujourd’hui t’affirmer que c’est Laurent qui m’a donné envie de faire cet album. Dans ma vie en général, j’essaie de préméditer au minimum les choses. La vie nous amène dans des endroits que l’on n’a pas anticipé, c’est ce qui est beau.

 

« Scarifications » pour le nom de ton album sachant que cela définit aussi les incisions sur la peau : pourquoi ce choix ?

Les cicatrices, c’est quelque chose de beau. Ça montre aussi que l’on a réussi à dépasser les choses. Quand on évoque la scarification, il y a deux aspects, on a d’un côté les scarifications rituelles que l’on peut voir en Afrique par exemple et d’un autre côté les mutilations que l’on peut se faire. Dans les deux cas, je trouve que la scarification est un cri vers la vie. Soit la vie nous inflige des cicatrices, soit on se les inflige soi-même : dans tous les cas, on peut les surmonter. À mon sens, une cicatrice témoigne que l’on n’est pas resté bloqué dans les difficultés et qu’on les a traversées, je trouve cela beau.

 

Dans « Tout de noir vêtu », tu dis « C’est comme si tu portais un vêtement qui te condamnait à vivre dans l’obscurité…. » Quel message avais-tu envie de faire passer à travers ce texte ?

Ce titre évoque le racisme au premier et au second degré. Le premier degré, c’est que, quand tu es français et que tu es typé africain ou asiatique, on te regardera d’une manière particulière. Même si des fois tu aimerais enlever ce vêtement à savoir cette couleur que tu portes si l’on t’en offrait la possibilité, tu ne le ferais pas car cela fait partie de ton identité. Là, où j’ai grandi dans la cité, on était mélangé avec des blonds aux yeux bleus mais qui étaient regardés de la même manière que nous parce qu’ils habitaient en banlieue. Je veux dire par là qu’il y a la couleur de peau réelle et la couleur de peau symbolique liée dans ce cas à l’endroit dans lequel tu vis. Le titre parle de tous ceux qui subissent des préjugés, de tous ceux que l’on met de côté à cause de leur apparence ou encore de leur lieu de résidence, ou de leur statut social.

 

 « Il faut un mouvement global dans la société »

Dans le titre « Contretemps », tu évoques le fait que l’on se bloque soi-même dans notre propre vie. Qu’est-ce qu’il faut faire selon toi pour que les gens se débloquent et avancent ?

Je pense qu’il faut un mouvement global dans tous les endroits de la société, que ce soient les artistes, les intellectuels, les politiques, les citoyens. Nous pouvons en tant qu’artistes initier ce mouvement et parler d’amour et de rêve. J’ai toujours eu cette approche, je me suis toujours exprimé en ce sens et on me disait que c’était une conception trop angélique des choses. Quand on voit les évènements qui ont lieu récemment en France, on se rend compte que parler d’amour ce n’est pas juste important, c’est vital ! Imaginons que l’on nous témoigne de l’amour sans limite dans notre vie,  peut-être qu’au moment où l’on est confronté à des choix, on saura faire les bons. Quelque soit l’endroit où l’on se trouve, on peut faire évoluer la situation, il n y a pas de petit acte, tout est bon à prendre dans cette quête commune d’une société meilleure.

 

Beaucoup de gens qui te suivent sur les réseaux sociaux se demandent pourquoi tu ne t’engages pas en politique ?

Je trouve que chacun a son rôle et qu’il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Tu parles des réseaux sociaux, il y a dans les messages que l’on te témoigne des gens qui t’aiment, qui t’aiment vraiment je veux dire. Je me sentirais mal de prendre leur amour en otage en entrant dans une arène politique. Aujourd’hui, le monde politique joue trop de l’amour et de l’émotion des gens, je ne pense pas que ce soit la bonne direction. Un homme politique doit être jugé sur ses résultats et sur ses actes. Comme j’ai conscience de cela, je trouve qu’il est important que je reste à ma place d’artiste en me disant que peut-être quelqu’un qui aime mon travail va s’engager dans la politique en le faisant intelligemment. Dans la société actuelle, tout le monde pense qu’il peut donner son avis sans avoir la connaissance appropriée, c’est dangereux ! Il faut respecter les gens qui ont un certain savoir et une certaine expérience, il faut donner de la valeur à la connaissance. C’est selon moi primordial.

 

Abd Al Malik Mur - Rashtag

On découvre sur ton album un hommage à Daniel Darc, qu’est-ce qui t’a touché chez cet artiste ?

Il ressemblait aux « grands » de ma cité, j’ai connu plein de Daniel Darc… C’est un grand poète qui a eu un passé lourd lié à l’héroïne. Les gens que j’ai aimées et qui m’ont marqué, c’est un peu dur de le dire mais c’est une réalité, ce sont souvent les héroïnomanes. Quand je l’ai rencontré, c’est comme si j’avais rencontré un grand de ma cité qui aurait fait de la musique, de la poésie,… La première fois que l’on s’est vu, ça l’a tout de suite fait ! Avec Daniel, on a parlé littérature, poésie mais aussi spiritualité, il avait d’ailleurs une grande connaissance dans ce domaine. Je l’ai considéré comme mon frère, j’ai donc eu envie de rendre hommage à l’artiste, au poète mais surtout à ce frère.

 

 « La grande Juliette Gréco est une marraine fabuleuse »

En plus de Daniel Darc il y a un titre dédié à Juliette Greco, « ta grande amie de cœur » selon une récente publication sur ta page Facebook. Quel rôle a-t-elle eu dans ton parcours ?

La grande Juliette Gréco, la première fois que je l’ai rencontrée, elle m’a rendu légitime dans sa manière de me regarder, de me parler, de me présenter aux gens. Elle a été ma marraine ! Elle a cru en moi et a incité les gens à prêter attention à moi et à ce que je pouvais apporter. Je me rappelle qu’un jour dans une émission de radio que l’on a faite ensemble, une journaliste lui a demandé comment elle me voyait. Elle a répondu que pour elle, j’étais comme un Jacques Brel ou un Serge Gainsbourg, elle m’a associé à ces grands noms, tu te rends comptes ? C’est quelque chose de fabuleux d’avoir quelqu’un qui te pousse comme elle. En plus, elle incite chacun à cultiver sa singularité plutôt que de chercher à ressembler à untel ou untel. Il faut être soi-même, c’est en étant soi que l’on existe. C’est une personne fabuleuse, une grande dame incroyable qui m’a donné beaucoup de force dans le métier et dans la vie. La grande Juliette Gréco n’est pas là à se soucier de sa statut, elle est dans le présent et s’intéresse énormément à ce qu’il se passe dans la société.

 

Tu es toujours entouré de tes proches Bilal, Mattéo Falkone et Wallen. C’est important de travailler en famille ?

Je n’ai jamais réfléchi, eux c’est moi. Je te donne des exemples concrets de comment cela se passe : quand je suis chez moi ou dans ma famille, je suis entrain d’écrire et je fais écouter à Mattéo. Il me donne son avis, il écrit ensuite, ça se passe très naturellement. En ce qui concerne Wallen, elle est capable de me dire « J’ai écouté ce que tu as fait, là c’est naze, tu peux faire beaucoup mieux ! ». (Rires) Elle est très exigeante, il ne faut pas croire, elle me pousse à dépasser mes limites. Avec Bilal, Mattéo ou Wallen, on travaille ensemble sur chacun de nos projets respectifs et tout se fait de manière très naturel.

 

En parlant de Wallen, son dernier album date de 2008. Toi qui l’as connait bien, peux-tu nous dire si des choses se préparent de son côté ?

Je vais te faire une confidence : récemment elle a rebranché son matériel et elle s’est remise à faire des choses, à se mettre dans la création. Il y a plein de gens qui nous poussent, c’est très touchant de sentir cette force de la part des autres. Même si elle est très créative et qu’elle aime la musique, elle a choisi de se consacrer à nos enfants. Avec tout ce qu’il se passe aujourd’hui en France, elle ressent émotionnellement l’envie de dire des choses. Affaire à suivre donc…

 

« Un album en duo avec Wallen ? Possible… » 

Et un album entièrement en duo, ce serait envisageable ?

Tout est possible… (Rires)

 

Tu as réalisé ton 1er film « Qu’Allah Bénisse la France » qui est sorti fin 2014. Sabrina Ouazani avait à Rashtag que ce film « était d’utilité publique ». Satisfait de cette première expérience avec le cinéma ?

Sabrina Ouazani, la grande Sabrina comme j’aime l’appeler car c’est une actrice formidable et un être humain magnifique, évoque la notion d’utilité publique, ça me parle énormément. Je suis le type d’artiste qui a envie de faire des choses qui servent à quelque chose. L’islam n’est pas cet espace de représentation négative que certains se font. Ce n’est pas non plus cette instrumentalisation qui en est faite. C’est une expérience spirituelle comme les autres. J’avais envie de parler de mon propre parcours mais surtout de rassembler. Que l’on croit en Dieu ou non, on est dans un beau pays qui s’appelle la France et la diversité est une chance et un cadeau. Concrétiser l’ambition que j’avais de réaliser ce film a été une expérience fabuleuse, j’en suis très content. Le film est sorti aux Etats-Unis, on a eu le grand prix de la critique internationale à Toronto. J’ai vécu beaucoup de choses fortes et ça m’a permis de prendre conscience que mes outils pour faire avancer la société sont la musique, la littérature et le cinéma. Je travaille d’ailleurs à l’écriture de nouveaux projets en ce sens.

 

Tu seras en tournée en 2016 notamment le 3 mars à la Gaîté-Lyrique à Paris, le 23 mars à Lyon, le 24 mars à Grenoble, quel est le programme ?

Le spectacle prévu sera entre l’installation d‘art contemporain, le concert de hip-hop et la rave party. On travaille d’arrache-pied avec Laurent Garnier, on est en plein dans la création du show. Laurent ne sera pas forcément avec moi sur toutes les dates mais on avance très bien. Ça va être surprenant et particulier, dans la lignée des clips qui sont sortis récemment.

 

Pour les nostalgiques du « Chant des signes » et de ton groupe les NAP, un retour est-il prévu ?

Honnêtement, je ne sais pas. À un moment, on a été très proche de la reformation. Finalement, ça ne s’est pas fait pour des raisons qui étaient indépendantes de notre volonté… Qui sait ? Le meilleur est à venir ! J’aime être surpris par la vie positivement et je pense que l’on n’est qu’au début.

 

Abd Al Malik Métro - Rashtag

L’Interview Hashtag d’Abd Al Malik

R# Michel Polnareff annonce son grand retour : tu retweetes ?

AAM# Je n’ai pas vraiment d’avis sur la question.

 

R# L’album de Grand Corps Malade « Il nous restera ça » : tu likes ?

AAM# Je n’ai écouté que quelques extraits mais je like bien sûr car j’aime bien Grand Corps Malade, c’est un bel être humain.

 

R# Entre NTM et IAM quel groupe ajouterais-tu à tes favoris ?

AAM# Là, c’est chaud ce que tu me demandes ! (Rires) Ma femme vient de Seine-Saint-Denis donc elle est très NTM alors que moi je viens de province donc je suis très IAM : j’ajoute en favori et je like les deux, ce sont de très grands artistes hip hop.

 

R# Complètes les tweets suivants : Si j’étais Roi de France…

AAM# …, j’instituerais l’amour pour tous.

 

R# Si j’étais le fils de Daniel Darc et de Juliette Gréco…

AAM# , je serais Abd Al Malik.

 

R# Si je n’avais jamais dit je t’aime…

AAM# …, je ne serais pas avec ma bien aimée, Wallen.

 

R# Quel mot mettrais tu en hashtag ?

AAM# Ce serait #LamourTriompheToujours

 

R# On aura reconnu l’excellent titre de Wallen. Merci beaucoup Abd Al Malik .

AAM# Merci à toi. A très vite, portes toi bien.

 
Album Abd Al Malik - Rashtag

« Scarifications », le nouvel album d’Abd Malik est disponible dans les bacs et sur les plateformes de téléchargement. On y retrouve notamment les titres « Allogène », « Tout de noir vêtu » mais aussi « Daniel Darc » dont le clip est en ligne sur Rashtag. Sur ce nouvel opus réalisé par Laurent Garnier, Abd Al Malik est entouré de Wallen, Mattéo Falkone et Bilal. Il sera en concert le 3 Mars 2016 à la Gaîté-Lyrique à Paris, le 23 Mars à Lyon, le 24 Mars à Grenoble, etc. 

 

Pour suivre l’actualité d’Abd Al Malik, rendez-vous sur les réseaux sociaux : 

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Abd Al Malik & Rachid Jelti

Abd Al Malik & Rachid Jelti

Que pensez-vous du nouvel album d’Abd Al Malik ? Quel est votre titre préféré ? Votre avis sur un disque en duo avec Wallen ?

 

Nous attendons vos réactions sur www.rashtag.fr ainsi que sur les réseaux sociaux via notre page @Rashtagmedia.

 

Un immense merci à Abd Al Malik. Nos remerciements également à l’agence OMAX6MUM et au label Pias.

 

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